Planning de Mars 2026 : Semeuses de graines
En ce moment, je me sens un peu comme un oiseau qui pépie à l’arrivée du printemps. Pourtant, une part de moi ne peut pas cesser d’être horrifiée par l’actualité. Même si cela me semble parfois loin, loin de mes montagnes et de mon quotidien, le bruit des bottes commence à résonner dans mes oreilles et j’ai fait des cauchemars quand les dossiers Epstein ont été mis à disposition du public.
Pour être honnête, je suis toujours partagée par le fait de parler ou non de l’actualité avec vous, mes élèves qui me suivez, parfois depuis de longues années, parfois depuis peu. Il m’arrive de me dire que si vous montez sur votre tapis, si vous prenez le temps de lire cette newsletter, c’est pour vous offrir une parenthèse, loin du « bruit et de la fureur ».
Quand je vais faire mes courses, je n’ai pas forcément envie que le boulanger ou la boulangère commence à me parler de ses opinions politiques. Je suis venue pour acheter du pain, pas pour converser des causes de l’inflation avec un.e presque inconnu.e.

En même temps, j’ai toujours pensé que le Yoga n’était pas une pratique qui se limitait à quelques postures et exercices respiratoires. Selon moi, le Yoga est une philosophie qui, lorsqu’on l’embrasse, vient impacter chaque aspect de nos vies : notre santé physique et mentale, notre manière de nous alimenter, nos relations aux autres, à la Nature, à nous-même, notre rapport aux choses et aux objets et donc notre manière de consommer.
Le Yoga porte en lui des principes de non-violence (ahimsa), de compassion (karuna), d’action désintéressée (karma yoga), de contentement (samtosha), de connaissance/éducation (svadhyaya) mais aussi des principes d’universalité : chaque être humain est invité par la pratique à atténuer ses propres souffrances, quelque soient son sexe, ses origines ou ses croyances.
Tous ces principes sont hautement politiques. Surtout si l’on comprend la politique comme étant (je cite Wikipedia) : « l'exercice du pouvoir dans une société organisée ». Le pouvoir n’étant pas forcément vertical mais, selon moi, la capacité que nous avons à élever nos voix pour influencer la société. Le Yoga a donc une portée politique.

Nos mots sont-ils toujours en accord avec nos actes ?
Et puis ces derniers temps, je n’arrête pas de penser à ce poème de Martin Niemöller :
Ils sont d'abord venus chercher les socialistes, et je n'ai rien dit
Parce que je n'étais pas socialiste
Puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n'ai rien dit
Parce que je n'étais pas syndicaliste
Puis ils sont venus chercher les Juifs, et je n'ai rien dit
Parce que je n'étais pas juif
Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour me défendre.
Ce poème nous parle de nos lâchetés, de notre attentisme, de notre incroyable capacité à souvent regarder ailleurs.
C’est aussi parfois l’impression que me donne la communauté du Yoga, quand on termine chacun de ses cours de Yoga par un laconique « love and light » (amour et lumière) ou par un « Om Shanti » (la paix) alors que l’on vient d’apprendre que nos « élites » violent et torturent des enfants, que ces mêmes « élites » corrompues veulent nous mener à la guerre ou au fascisme afin de conserver leur pouvoir et leur argent.
Je ne peux pas lancer des « love and light » à tout bout de champ si je sais tout cela, si la peur me paralyse et m’empêche parfois de dormir, si mes baisers dans les cheveux si doux de mon fils se teintent de l’angoisse de savoir qu’un matin il se réveillera peut-être dans un pays en guerre. Je ne peux pas.
Même si je ne suis pas la plus courageuse des personnes, je pense qu’il est tout de même fondamental de ne pas rester silencieux.ses sur ce qui est en train de se passer sous nos yeux. Comme vous, je me sens souvent complètement démunie. Mais je pense que nous pouvons quand même, et comme souvent, nous tourner vers le Yoga pour nous donner des pistes de réflexion et d’action.
D’abord, rester en conscience. Et qui dit « conscience » dit : ne pas faire l’autruche ! Accueillir ce qui se déroule en conscience, avec toute la clarté mentale possible. Puis rester aligné avec les principes et les valeurs qui nous guident et qui guident notre pratique : compassion, non-violence, intensité, contentement, universalité…
Enfin, se mettre en action, sans chercher les fruits de nos actes, comme nous l’enseigne la Bhagavad Gita : (re)créer du lien avec nos voisins, nos communautés, s’engager dans des associations, ne pas se taire face à l’injustice, accorder notre compassion et notre soutien aux plus vulnérables d’entre nous, tendre la main plutôt que juger, écrire cette newsletter malgré la peur d’être rejetée.
Quand on sème des graines, on ne sait jamais à l’avance si la graine réussira à pousser. Pourtant, on les plante quand même, avec l’espoir que la vie trouvera son chemin. Et elle finit toujours par le trouver.
PS : Et au final, je crois que ça ne me déplairait pas tant que ça de discuter des causes de l’inflation avec ma boulangère ! :)







